
Titre: Obstination
Encore du rouge. Ce n’est pas la première fois, ni la dernière, qu’une de mes toiles se couvrira de cette couleur. Ou plutôt de ces couleurs, car je n’emploie pas qu’un rouge mais plusieurs. Ils sortent de deux ou trois tubes, clairs ou foncés, rouge anglais ou carmin, rouge moyen, rouge orangé. Des complémentaires apparaissent, tel ce vert de vessie ou ce vert pin, puis ce vert clair. Sur une toile déjà préparée en son fon, le premier rouge est appliqué en couche fine, écrasé et diffusé par la lame du couteau ; le second sera posé en pâte épaisse pour recouvrir le premier, ou l’entraîner dans un mélange qui se salit peu à peu avant d’être rehaussé d’un troisième rouge pur. C’est une composition de la couleur seule, une recherche obstinée dans une gamme, un geste recommencé, des passages successifs. Il n’y a aucune volonté de formes, de dessin, mais un entêtement dans l’épaisseur du rouge. La couleur est travaillée jusqu’à ce qu’elle puisse dire, émettre quelque chose. Elle le dira quand, après s’être confrontée avec d’autres teintes de sa famille et avec ses complémentaires, elle dévoilera à mes yeux son intensité, sa richesse, son essence, son énigme. J’ai alors l’impression que c’est la couleur, cette émotion de rouge, qui me signale intuitivement, puis concrètement, la fin de mon acharnement.
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