
Titre: Public
Difficile pour un artiste de se présenter devant le public. De dévoiler son œuvre, de se confronter aux jugements d’autrui. Une sorte de trac instille l’inquiétude, le doute, jusqu’au renoncement parfois. Dans cette toile-installation, que je présentais sous le pseudonyme de Justin Bézet les incertitudes et le trac ont changé de bord. Confrontées à la toile blanche, les femmes sollicitées pour y déposer l’empreinte de leurs lèvres couvertes de rouge à lèvre n’ont pas toujours été aussi à l’aise que l’artiste. Bien qu’anonyme, cette trace nécessitait une sorte d’engagement, faisait franchir un pas, sinon une frontière. Apposer ses lèvres, poser un baiser n’est certes pas anodin : c’est d’abord montrer un signe d’affection, une empathie. Faire ce geste envers l’artiste parfois inconnu n’était donc pas facile et chargé pour beaucoup d’une trop forte dose d’intimité. Mais nombreuses sont celles qui ont osé, non pas pour créer une œuvre d’art, mais plutôt pour participer à un autre type de relation entre le peintre et le public. Une participation à la création, en suivant une simple directive de l'artiste, un guide ténu, discret. Pour un résultat qui n’est ni beau ni laid, mais qui porte cependant une émotion certaine, celle du souvenir, de l’acte créateur qui consiste à porter hors de soi, sur un support vu par tous, un morceau de son être. Des lèvres qui d’habitude embrassent d’autres lèvres, qui parlent, mais qui ici restent muettes, témoins de l’instant éphémère que l’art tente vainement de conserver.(rouge à lèvre sur toile, 40 x 80)
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