
Titre: Repentir
Il n’y a jamais de certitude totale en peinture. Un haut degré de satisfaction parfois, le sentiment d’avoir approché une certaine forme de plénitude créative peuvent émerger. Mais ce sont là des instants fugaces. La plupart du temps, ce ne sont que déceptions et lassitude. Rien n’est donc acquis, et lorsque la tableau semble fini – achevé dit-on, ce qui est bien triste pour une œuvre – l’artiste s’empresse d’abord d’exulter avant de retomber quelques jours plus tard dans le plus profond désarroi. Là commencent les interrogations parfois terribles. Pourquoi le tableau ne plaît déjà plus – serait-ce juste l’instant du dernier coup de pinceau qui provoquait l’extase et le non le résultat en lui-même ? -, que peut-on encore tenter pour le sauver, faut-il tout faire disparaître. Les grands maîtres faisaient des erreurs, se rassure-t-on, et l’on voit encore souvent la trace des repentirs sur les cimaises des musées. Mais il est ici question d’une remise en cause totale, bref d’un échec.
Le tableau abstrait que je présente est le fruit de cette crise de repentir. Ce fut au départ un paysage marocain, peint au retour d’un voyage. Une impression, une tentative de restituer la lumière des montagnes âpres et colorées. Bientôt la vérité vraie s’est rapidement imposée, sans réflexions superfétatoires : rien ne fonctionnait, rien de moi ne s’exprimait. Dans un accès de décision radicale, j’ai recouvert le tableau avec trois tubes de rouge différents (la couleur de la terre). J’ai cependant laissé la première version de la toile transparaître, respirer. Dans le fond, si je l’avais peint, si je l’avais fait en me trompant, je n’avais pas eu complètement tort. Et il me fallait une trace de ce passage. (huile sur toile, 80 x 80)
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