
Titre: Montagne Sainte Victoire
Mettre sur une toile un paysage, c’est un grand défi intellectuel. Le paysage ne sourit pas, il ne vous regarde pas, il ne pleure pas, n’est pas desespéré, il est seulement là, devant vous, muet. Il est trop vaste pour être cerné, trop précis pour être appréhendé, trop compliqué pour être parfaitement révélé. Le sentiment que c’est l’ensemble, avec ses moindres détails, qui nous plaît, nous émeut, pose problème au peintre. Comment le représenter sans dénaturer sa profonde, son intime complexité ? Le paysage est infini, il s’étend au delà du regard et il cache ses aspérités les plus fines. Des horizons aux détails, tous deux inaccessibles, il faudra pourtant bien retenir quelque chose, l’essentiel, c’est à dire au fond ce qui nous a frappé, impressionné, parfois bouleversé : une harmonie de couleur, une atmosphère, un éclairage, des formes combinées, la succession de plans. Ou alors ne faudra-t-il conserver que le sentiment que nous avons éprouvé à cet instant précis, qui n’a peut être plus de rapport avec l’analyse du paysage, mais avec le dialogue que nous sommes parvenus à instaurer avec lui.
C’est ce moment, souvent fugace, où le paysage nous parle qu’il faut restituer sur la toile. C’est cet instant qu’il faut faire partager : celui où le monde extérieur se livre, un échange extraordinaire dans lequel l’aventure de la découverte de notre paysage intérieur prend tout son sens.
(huile sur toile, 100 x 73 cm, septembre 2007)
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