
Titre: Rivière
Pourquoi la rivière ? Je ne peins pas celle-ci en particulier, la Marne, mais en fait l’idée que je me fais de la rivière. L’appréhender c’est mettre en relation deux phénomènes : d’un côté le cadre statique du paysage (la rivière coule dans son lit, cernée par ses berges aux évolutions lentes, avec une connotation de choses immuables), de l’autre la fluidité de l’eau qui s’écoule. A cette opposition s’ajoute les jeux de la lumière tant dans ce cadre immobile que sur cette surface changeante : les rayons du soleil dans les houpiers dialoguent avec les longs reflets étirés à la surface de l’eau. Il y a dans ces jeux du mouvement et de l’immobilité un clin d’œil malicieux du temps qui passe, je devrais écrire des temps qui passent. La feuille tombée dans le courant qui s’en va, à peine plus rapidement que le pas du promeneur ; le glissement lent des ombres portées des arbres ; les variations de couleurs des feuillages au long des saisons ; la longue transformation du paysage au rythme des initiatives des hommes. C’est cette concomittance, cette présence subtile des différentes vagues de la vie qui m’interpelle. Impossible bien sûr de dire le mouvement sur ma toile figée. Mais je m’efforce, par le jeux des empâtements, des traces sous-jacentes, des effets de brume ou de transparence, de retranscrire les différentes épaisseurs du temps qui passe.
Fixer le temps, vaine tentative. Aussi, avec ma peinture, j’essaie humblement d’accompagner le courant de la rivière. Un courant qui nous emmène tous vers l’inexorable, et qui formera, à travers nos choix et nos rencontres, notre destin.
(huile sur toile, 146 x cm, octobre 2007)
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