
Titre: L'étendue, entre le geste et la couleur
Que reste-t-il sur la toile lorsque les formes ont disparu ? Plus grand chose de la peinture selon certains, pour qui le dessin est à la base de toute réalisation picturale, et doit donc subsister dans l’œuvre pour lui permettre de revendiquer ce titre. Si je considère moi-même la pratique du dessin comme la base de toute connaissance dans l’expression artistique liée au geste, je ne m’empêche pas des recherches plus avancées sur la peinture elle même, la création par la seule couleur... et par conséquent le renoncement au dessin préalable. Dans ce tableau d’hiver, j’ai adopté une posture située entre l’Action painting et le Colored Field, pour reprendre des expressions qui ont marqué la peinture américaine d’après guerre. Le premier implique la suprématie du geste, une suprématie qui se traduit par des traces innombrables du passage de l’outil, de la main sur la toile, dans les couches successives. Le deuxième s’attache aux étendues de couleurs, telles qu’elles apparaissent par exemple chez Rothko en une formidable puissance d’évocation. L’étendue rouge de ma toile est ainsi le résultat d’une multitude de gestes qui ont façonné sur plusieurs niveaux des épaisseurs de couleurs, après des pauses, des moments d’intense vivacité gestuelle et de gestations visuelles. Un regard critique aussi, qui jamais ne doit disparaître.
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